Soul Mark _ Chapitre 4 – L’entrevue

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“- Bienvenue ! Excusez-nous pour le désordre.”

Les intrus s’avancèrent, invités par la femme de la maison. Elle savait que son mari allait être choisi en tant que responsable, et devina, de ce fait, que la réunion se ferait chez eux. Elle les conduisit dans le salon et l’homme leur montra des sièges proches du feu. Seule la meneuse du groupe prit place, les deux autres personnes qui accompagnaient, restèrent en retrait, silencieuses. L’hôte s’installa devant la vampire encapuchonnée, pas par manque de respect, mais plutôt par volonté d’être discrète.

“- Veuillez m’excuser…”

La mère se retira de l’assemblée pour aller à l’arrière de la maison. N’étant pas une responsable, il valait mieux qu’elle s’en aille pour que son mari reste concentré. Il s’inquièterait sûrement de la sécurité de sa femme plutôt que de la discussion avec les vampires. 
Elle soupira de soulagement quand elle sortit de la salle, mais son attention se porta sur une sensation d’être épiée. Elle se dirigea vers une armoire et l’ouvrit. Il n’y avait que des vêtements et des chaussures, mais elle faisait confiance en son instinct et elle déclara en chuchotant pour ne pas être entendu depuis la salle de vie : 

“- Je sais que vous avez l’intention d’aller dans le salon, mais vous pourriez être un peu plus discret, mes très chers enfants !”

Un grommellement se fit entendre et les trois enfants sortirent de leurs cachettes. Ils se rapprochèrent de leur mère, comme s’ils avaient perdu à un jeu. 

“- Vous en faites une de ces têtes ! Ne vous inquiétez pas, votre père gère la situation.”
“- Pourquoi papa a ramené les intrus ici ?” Demanda Aloïs, inquiet.
“- Il est plus facile de parler calmement dans un endroit agréable.”
“- Ce n’est pas sécurisé ! Et s’ils vous attaquent ?!” S’exclama Emeric, agacé.
“- C’est pour cela que tu dois emmener ton frère et ta sœur en un lieu sûr…”
“- NON ! Je n’laisserais personne !”
“- On espérait que tu fasses plutôt attention à ta sœur…”
“- C’est pas une bonne idée d’les emmener ici !”
“- Arrêtes de nous trouver des torts et fais-nous un peu plus confiance à la fin !”

Emeric regarda sa mère. Un silence s’installa entre eux avant que des voix n’attirèrent leur attention. La femme soupira avant de lui faire signe, l’autorisant à aller dans le salon, à la condition d’être silencieux et d’écouter son père. Le fils acquiesça avant de poser ses yeux sur sa sœur et son frère. Lys lui retourna un regard suppliant tout en lui prenant la main. Emeric ne voulait pas plus l’inquiéter, il posa sa main sur sa tête. 

“- Tu es forte, petite sœur ! Tu n’es pas seule.”

Il s’écarta et donna la relève à sa mère qui prit ses enfants dans ses bras. Tout allait bien se passer, il ferait n’importe quoi pour. C’est dans cette optique qu’il se dirigea vers le salon. 
Quand il rentra, l’atmosphère était pesante, comme si les deux parties s’évaluaient. La discussion tournait principalement autour des Chasseurs et des Vampires. Très vite, le vif du sujet se centra sur l’objectif des “invités”.

“- Avez-vous eut des intéractions avec des elfes ?” 
“- Non, du moins pas à ma connaissance.”
“- Se pourrait-il que l’un des vôtres ait été en contact avec eux ?” 
“- Où voulez-vous en venir ?” 
“- Nous sommes à la recherche de l’un d’entre eux. Il semblerait que ses intentions soient loin d’être amicales envers notre pays.”
“- Je vois… Nos chasseurs parcourent la région, peut-être que certains ont entendu des informations à ce sujet. EMERIC !”

Quand il entendit son prénom, le jeune chasseur s’avança. À plusieurs reprises, il avait voulu intervenir, l’appel lui donnera-t-il l’opportunité d’exprimer ses opinions sur la situation ? 

“- Est-ce que tu as entendu parler de cette affaire ?”
“- Non, mais…”
“- Il faudra sûrement demander à d’autres chasseurs…”
“- Papa…”
“- Qu’avez-vous l’intention de faire ?”

Non, l’appel ne lui avait pas permis de s’exprimer. Voyant qu’il n’était pas écouté, Emeric grommela et détourna le regard. Son père faisait attention à chaque mouvement et chaque réaction que pouvaient avoir les vampires afin d’intervenir à tout moment. La meneuse du groupe à la crinière de feu prit la parole d’un air supérieur voir méprisant selon le jeune chasseur. 

“- Je vous remercie pour votre hospitalité, mais nous allons devoir repartir et continuer nos recherches.”

Elle se leva pour rejoindre ses deux gardes, mais avant que le responsable ne se lève pour les accompagner à l’extérieur. Emeric se plaça devant la porte, leur barrant ainsi le passage. 

“- Je n’supporte pas de vous savoir ici ! Et encore plus de vous laisser partir aussi facilement !”
“- Emeric…”
“- On est suspecté d’être de mèche avec des elfes alors qu’on est là pour aider la région !”
“- Emeric !”
“- Pourquoi, vous ne gérez pas mieux vos semblables au lieu de venir nous emmerder ?!”
“- EMERIC TAIS-TOI !”

Le père s’était levé et avait tapé du poing la table basse qui avait cédé sous le coup. Le fils se tut immédiatement, mais il continuait de fusiller du regard les vampires. Celles-ci ne répondaient pas et le regardaient sans aucune émotion, comme si ses paroles ne les avaient pas du tout atteintes. Le chasseur confirmé s’avança, prit le col de son fils comme un chiot que l’on réprimandait avant de l’obliger à s’incliner respectueusement. 

“- Je m’excuse, son comportement est impardonnable.”
“- Vous n’avez pas à vous excuser pour une telle chose. Sa haine contre nous et ses propos sont tout à fait fondés. Pour vous répondre, nos semblables, que vous avez croisés récemment et qui ont survécu à votre passage, sont actuellement en travaux forcés et croyez-moi, vous n’aimeriez pas savoir dans quoi. Je prends l’entière responsabilité de leurs actes.”
“- Il restera toujours des individus problématiques au vu de la superficie de la région et il y a déjà peu voir pas du tout de vampires comme vous sur place. Comment avez-vous l’intention d’interroger les autres espèces ? Bien que nous soyons sur vos terres, peu de personne vous porte en estime…”

Un silence s’installa. Le père avait soulevé un point très intéressant qui donnait à réfléchir. Emeric rognona dans sa barbe qu’il n’avait pas, dirigeant l’attention sur lui. Le responsable le regarda. 

“- Puis-je vous proposer une solution qui pourrait vous aider et nous, nous garantir que vos intentions sont honnêtes ?”
“- Cela me parait sensé. Que proposez-vous ?”
“- Qu’un de nos chasseurs vous accompagne. Il rassurera les autres espèces lors de votre passage et en échange, sa présence constituera notre confiance envers vous. Si jamais il assume que vos actes ne respectent pas nos mœurs, il nous préviendra. Évidemment, sa mort est une réponse.”
“- Je le conçois parfaitement. Est-ce qu’il vous faudra du temps pour trouver un chasseur qui conviendrait à cette mission ?”
“- Il n’y a qu’une seule personne qui soit qualifiée pour cette mission. Parmi tous les Chasseurs de notre village, il s’agirait de mon propre fils.” 
“- Huh ?!”
“- Il a besoin d’être recadré mais il est le plus compétent et le seul à être fort aussi bien physiquement que mentalement.”

Un silence s’installa de nouveau. Emeric était abasourdi par cette annonce. Selon lui, son père avait été impulsif en choisissant la première personne à côté de lui. C’était irresponsable de sa part pourtant en regardant son expression, assuré, il comprit tout de suite que tout était déjà planifié. Quand leurs regards se croisèrent, Emeric comprit où il voulait en venir. Il ne dit rien, mais acquiesça d’un hochement de tête pour donner son approbation. Même si c’était contre son envie, il allait le faire pour les Chasseurs, mais aussi pour les autres espèces qui peuplaient la région d’Hélisaz. Qui sait, peut-être que les vies de milliers de personnes étaient entre ses mains actuellement.
La vampire regarda ses acolytes avant de poser ses yeux sur le jeune chasseur, avec un peu de mépris, elle demanda : 

“- Seriez-vous assez robuste et docile pour ne pas nous causer de désagrément ? »
“- Je n’suis pas votre animal de compagnie !” 
“- Je n’ai pas le temps de m’encombrer d’un avorton tel que toi ! Qui plus est, nous empêcherait de mener à bien nos objectifs !”
“- Madame…” Souffla Elena, silencieuse jusque là.
“- Je sais, je sais…” Se résigna Artemis en balayant l’air de la main. “Très bien, cela est plus raisonnable pour nous tous.”
“- En effet, nous faisons cela pour éviter une nouvelle guerre.” Répondit le père, empêchant son fils de parler davantage.
“- Bien, j’accepte d’être épié et jugé par… Votre fils. Néanmoins, j’ai moi-même des conditions à vous soumettre.”
“- Nous vous écoutons.”
“- Comme je vous l’ai dit, nous sommes en mission. De ce fait, il y a des choses auxquelles il ne peut être exposé. Il sera traité comme l’un de mes soldats. Je demande simplement à ce qu’il soit obéissant. »
“- Je ne…”
“- Très bien ! Ce sont des conditions acceptables.”

Emeric voulait protester, mais son paternel l’avait coupé volontairement. Il était vrai que contrairement aux conditions qu’ils avaient donné, celle-ci était plutôt simple. Il devra faire des efforts et montrer ce que valent les Humains ! Ce n’est pas des vampires comme elles qui changeraient l’opinion des gens sur les Chasseurs.

“- J’accepte aussi…”
“- Je vous laisse la fin de la journée pour vous préparer, nous partons ce soir quand le soleil sera couché. Nous vous attendons à la lisière de la forêt, là où les gardiens ont arrêté nos troupes. Je vous autorise à emmener votre canidé si vous le souhaitez, au moins, vous aurez une monture convenable.”
“- Espèce de…”
“- C’est fort appréciable, je vous remercie. Sur ceux, je vais vous raccompagner” coupa le père, serrant l’épaule de son fils.

Décidément, Emeric n’aura aucun temps pour se reposer. Il acquiesça et laissa son père raccompagner les vampires. Le jeune chasseur grommela, encore, quand la porte se referma. Cette réunion avait été affreuse. C’était comme s’il avait les mains liées à une bombe à retardement. Si jamais, il faisait un faux pas ou si les vampires n’étaient pas honnêtes, la guerre pourrait reprendre. 
Le brun comprenait parfaitement que son père ne pouvait pas donner ce rôle à n’importe qui. En plus d’être important pour leur avenir, surveiller des vampires pouvait être dangereux. Personne d’autre ne correspondait ou même ne voudrait d’une telle responsabilité. Le chasseur expérimenté se serait bien proposé, mais qui allait garder le village ? Ceux de la génération du paternel n’avaient plus leur force d’antan, et ceux du même âge qu’Emeric était peu à s’être lancé dans ce domaine. Les rares fous qui l’avaient fait ne pouvait rivaliser avec lui.

“- Grand frère ?”

Emeric se tourna pour voir Aloïs qui venait de le rejoindre. L’aîné le prit dans ses bras d’un geste protecteur.

“- Tout va bien, ne t’inquiète pas.”
“- Mais… Tu vas devoir partir avec les vampires… ? ”

Le premier de la fratrie eut un regard triste en voyant comment cela affectait autant son petit frère. Il lui caressa les cheveux afin de le rassurer. Puis il regarda la porte de la pièce où se trouvait le reste des Healeys. 
Emeric vit sa mère qui semblait aussi perplexe qu’inquiète. Il devinait qu’elle était tiraillée entre le fait d’être totalement contre cette décision par amour pour son fils; et de faire confiance à son mari en acceptant les conditions. Pourtant, au vue de son silence, c’était la deuxième option qui avait pris le dessus. Elle était résolue à laisser son enfant partir, encore, dans une mission périlleuse contre ou plutôt avec des vampires.
Son regard se posa ensuite sur sa sœur qui regardait le sol. C’était comme si elle n’était plus là, perdue dans ses pensées, cherchant quelque chose sans savoir quoi.

“- Lys ?”

La concernée sortit de ses réflexions en levant la tête pour les regarder d’un air totalement désorienté. 

“- Ah ! Pardon… Vous disiez ?”
“- À quoi pensais-tu ?”
“- Oh rien d’important, je suppose…”
“- Qu’est ce que tu comptes faire ?” Demanda la mère à son fils.
“- Me préparer et me reposer avant d’y aller…”

Tout le monde aidait le jeune chasseur, seule Lys s’enferma dans l’atelier. Son comportement ne les étonnait pas. À chaque fois qu’Emeric devait partir, elle restait dans son coin avant de ressortir pour lui dire au revoir. 
Après avoir ramené et laissé les vampires aux Gardiens, le responsable informa tous les Chasseurs de ce qu’il s’était passés. Cela a permis à tout le monde d’être sur le qui-vive à propos d’un quelconque elfe. Comme le père s’y attendait, personne n’était au courant de cette histoire, après tout, il était rare d’en entendre parler dans les environs. Méprisés par les vampires, les elfes sont rejetés dans les contrées de Natch Nebel. Les autres espèces habitant dans cette région avaient bien assez souffert de la guerre pour se souvenir de cette période et d’interdire les créatures à oreilles levées vers le ciel de fouler ses terres.
Bien évidemment, l’annonce qu’Emeric avait été désigné comme porte-parole et veilleur des vampires était de bonne augure, mais aussi une crainte. Tout le monde connaissait le mauvais caractère du jeune chasseur et ils espéraient tous que les Vampires seraient assez clément pour certains débordements.

Le soir venu, suite à une sieste bien méritée, notre protagoniste prit ses affaires pour se diriger vers la porte. Soudainement, il fut stoppé dans son élan par un boulet de canon prénommé Aloïs.

“- Grand frère !”

Pris dans un câlin, Emeric ne put bouger. Il regarda son petit frère qui ne voulait pas le laisser de sitôt. 

“- Quand tu rentreras… On passera plus de temps ensemble, pas vrai ? J’aimerais te présenter à mes nouveaux copains, et même, je voudrais que… Enfin… Tu voudrais bien m’apprendre à me défendre ? Je veux devenir un chasseur aussi fort et cool que toi !
“- La prochaine fois, je passerai du temps avec toi. Et qui sait, peut-être que tu pourras essayer une arme.”
“- Wow ! Ça serait trop cool ! Mon frère, c’est le meilleur ! Puis si les vampires sont méchants, tu vas en faire qu’une bouchée et comme ça tu seras plus vite vers nous, pas vrai ? “ 
“- Tout ce que je veux, c’est de vous savoir sain et sauf !” 

Les yeux pleins d’étoiles du bambin changèrent soudainement et se remplirent de larmes.

“- Je… Je veillerai sur Lys, tu peux compter sur moi !” Renifla t-il 
“- Tu es tout aussi fort, Aloïs ! Je suis fier de toi !”
“- Merci ! Um… À… À bientôt, Grand frère… Tu vas me manquer… “

Aloïs finit par lâcher son frère en secouant la tête comme pour faire disparaître les larmes qui coulaient, mais elles continuaient de tomber malgré ces efforts. Il lui fit son plus grand sourire avant de faire demi-tour pour aller en direction de sa chambre d’un pas rapide.

“- EMERIC ! T’AS INTÉRÊT À ÊTRE ENCORE LÀ !” 

La porte de l’atelier s’ouvrit pour laisser passer la jeune Healey couverte de sueur, de poussière et sûrement d’autres produits se trouvant dans la pièce. Elle se précipita vers son grand frère pour lui tendre un objet un peu trop violemment, car elle le plaqua contre le torse de son aîné. Il la regardait perplexe. Elle avait dû se presser pour terminer son cadeau. Il prit l’objet et l’observa. Sans surprise, c’était un pistolet. Mais ce qui l’étonna, c’était la ressemblance avec son fusil, mais en plus petit, donc facile à manier et surtout à cacher. Il y avait les mêmes composants, or, métal et bois ainsi que deux cristaux qui ornaient le canon. Il fut surpris par la légèreté de l’arme et, de plus, le manche était très agréable en main. Malgré l’absence du mécanisme magique qu’elle n’avait pas pu retranscrire, ce cadeau allait être très pratique à Emeric. Il était certain qu’il allait l’utiliser sans hésitation. Il y avait même un tissu qui décorait le manche de la même couleur que… 

“- Tu as utilisé un bout de ton nœud dans tes cheveux ?”
“- Oui ! Pour que tu aies un petit quelque chose de moi et il y a aussi un bout de la cape d’Aloïs !”

Il passa sa main sur le canon avant de se rendre compte qu’il y avait une gravure dessus. Bien qu’il ne pouvait pas la lire, il devina que c’était symbolique pour eux.

“- Attends… Comment tu as…”
“- Steve m’a beaucoup aidé surtout pour la gravure ! C’est notre nom de famille, je sais qu’on ne sait pas lire, mais c’était un petit plus unique… Je me suis entraînée dur pour que l’écriture soit parfaite !” Elle s’arrêta pour reprendre sa respiration. “Cela fait un moment que je travaille sur ce modèle et j’ai jamais eu l’occasion de te le montrer avec tout ce que tu as à faire, et même, c’était une surprise, même mon maître n’a pas eu le temps de le vérifier complètement, mais c’est ma plus grande création ! Je voulais la faire pour toi ! Je… Je voulais que tu sois le premier à l’utiliser, à la manier, à…”
“ – Lys…”
“ – Elle est légère et souple, rapide à charger, d’ailleurs, le chargeur est dans le manche, tu as juste à appuyer sur ce petit bouton. Oh ! Et tu peux mettre jusqu’à quinze cartouches dedans…”
“- Lys !”
“- Ah aussi ! Ce sont les mêmes munitions que tu as l’habitude d’utiliser pour tes autres pistolets, donc pouvoir en mettre quinze est quand même plus pratique que seulement neuf, une par une… Surtout que les chargeurs sont remplis en avance du coup, tu vas plus vite et tu peux…”
Il posa sa main sur la tête de sa sœur, ce qui l’arrêta dans ses explications. Quand elle était lancée, il était toujours difficile de la retenir. Tel frère, telle soeur. Comprenant son geste, il vit la tristesse sur son visage avant qu’elle ne baisse la tête pour ne pas qu’il remarque. Elle prit les mains de son frère dans les siennes et elle caressa le dos avec ses pouces, cela l’aidait à mettre de l’ordre dans ses mots. 

“- S’il te plaît… Fais attention… Reste toi-même… Et donne nous des nouvelles !”

Il sourit. Elle s’inquiétait et le montrait avec ses petites attentions. Il était touché, mais avant même de pouvoir la remercier, il fut propulsé à l’extérieur. 

“- Allez ! Maman et Papa sont déjà là-bas, ne les fait pas attendre ! Je t’aime grand frère, bisous !!” 

La porte se referma immédiatement. Emeric leva les yeux au ciel. Il avait remarqué les larmes qu’elle voulait cacher, mais il ne dit rien. Elle tenait à lui et voulait montrer qu’elle était assez forte. Décidément, son frère et sa sœur se mettent trop la pression. Ils n’ont pas besoin de faire bonne figure devant lui pour qu’il soit fier d’eux. 

Il traversa le village. Beaucoup de personnes l’accompagnèrent et lui souhaitèrent bonne chance. Il ne s’attendait pas du tout à ce genre d’au revoir. Habituellement, les villageois n’allaient jamais vers les chasseurs par peur de les empêcher de partir. Pour ce genre d’événement, il est vrai que les gens s’inquiétaient beaucoup pour l’avenir et ils voulaient donner du courage. Emeric comprenait et les laissait faire. 

Quand la forêt se referma autour de lui, que le village s’éloigna à chacun de ses pas, il se retrouva seul. Le silence était pesant, présageant ce qui allait se passer. Il siffla et il n’attendit que très peu de temps avant de voir arriver Erwann. L’animal faisait sa vie en attendant l’appel de son Maître. S’étant reposé après un petit repas, le loup était de nouveau d’attaque pour de nouvelles aventures au côté de son Alpha ! 
Face aux joies d’Erwann, Emeric le caressa avant de lui faire signe de bien l’écouter. Le canidé comprit tout de suite et le suivit. Quand ils arrivèrent à la lisière de la forêt, les bois commencèrent à bouger littéralement, étendant leurs branches dans sa direction, révélant les Hêtres, grand gardien du village des Chasseurs. 

“- Emeric…”
“- Fais attention à toi…”
“- N’hésites pas à voir d’autres Hêtres sur le chemin pour nous tenir au courant…”

Les voix des arbres étaient graves et caverneuses. Ils finirent par le laisser passer jusqu’au campement des vampires. Là, se trouvaient ses parents qui l’attendaient.

“- Tu t’es bien reposé ?”

La mère s’avança vers lui et le prit dans ses bras. Il ne comptait plus combien de fois il a eu un câlin durant cette journée. Son père alla vers le loup et avec des gestes, il lui fit comprendre de bien prendre soin d’Emeric. L’animal sautilla de joie face à la demande. Même s’il n’avait pas tout compris, il savait que s’il faisait ce que les humains lui demandaient, il allait être récompensé. Après avoir été sellé comme un cheval avec un peu de difficulté, n’étant pas habitué par de tels attirails, Erwann était paré pour être monté.
Trois vampires s’avancèrent. Les mêmes qui étaient venues au village. La vampire à la crinière de feu annonça : 

“-  Je vois que tu as fait tes “au revoir” ! Tu as été plus rapide que ce que je pensais…”

Emeric ne dit rien, mais il alla vers Erwann. Celui-ci était un peu confus. Pourquoi son maître n’attaquait-il pas ses créatures ? Il grogna pour les empêcher d’approcher, mais Emeric le calma en montant sur lui et en lui tapotant les poils de son cou.  

“- Sur ceux…” Elle se tourna dans la direction des parents, main sur la poitrine “Je vous remercie encore pour votre coopération. Je jure solennellement en mon nom de Vanmeria que votre fils vous reviendra sain et sauf.”

Artemis les salua respectueusement avant de leur tourner le dos, sa jument se plaça à ses côtés et elle la monta sans aucun effort. Elena, quant à elle, fit signe au reste des troupes que le moment était venu de partir. Elle monta sur le cheval qui tirait le chariot avec les provisions tandis que les vampires restaient à pied. Anna ne s’était pas cassée la tête non plus, elle était déjà posée à l’arrière du véhicule en papotant avec certains soldats. L’Humain les suivit un peu en retrait et très peu à l’aise.
Quand la troupe s’éloigna, les parents d’Emeric restèrent encore un peu avant qu’un des arbres ne se penche pour leur poser une question : 

“- Comment la jeune vampire s’est-elle nommée ?”
“- Van…” Commença la mère.
“- Merde…” S’exclama le père en se rendant compte qu’ils venaient peut-être de faire une grave erreur.

Arueme

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